Trần Nguyên Đán, 2008-2009, ou la structure ciblée de la mémoire
Pour Trần Nguyên Đán, né en 1941, formé à l’Université des Beaux-Arts de Hanoï, puis directeur adjoint du Musée des Beaux-Arts du Vietnam, la gravure sur bois, médium qui n’admet ni hésitation ni remise en question cnstitue le fondement de sa création.
Celle-ci s’ancre dans l’acte physique de la gravure, où chaque incision détermine à la fois la forme et la limite. De cette contrainte émerge un langage d’une remarquable clarté. Si l’on peut y déceler des résonances lointaines des traditions de Đông Hồ et de Hàng Trống, il ne s’agit pas de simples citations, mais d’une continuité, absorbée et réarticulée au sein d’un ordre pictural moderne. Ses compositions sont souvent structurées par accumulation plutôt que par perspective, où figures, motifs et fragments architecturaux coexistent dans un espace mesuré et aplati.
Trần Nguyên Đán maîtrise parfaitement la technique d’impression et la séparation des couleurs contrastées sur des diagrammes de lignes et de formes parfois extrêmement complexes et sophistiqués. En complétant son travail « à la main », il crée une beauté étrange et éthérée supplémentaire sans dénaturer l’original.
Mais sa quête du vernaculaire n’est ni idéalisée ni réduite.
La vie rurale, les rituels et les paysages n’y apparaissent pas comme des anecdotes, mais comme des formes pérennes, maintenues dans un équilibre graphique rigoureux. Ainsi, son œuvre ne se contente pas d’enregistrer une mémoire culturelle, elle la perpétue.
Les deux œuvres offrent une rare conjonction de vision et de structure, témoignant de l’engagement constant de Trần Nguyên Đán envers Hué. Il y aborde le lieu par la rigueur du trait et une organisation de la mémoire, où l’observation est indissociable de la construction.

« Le temple Hòn Chén »,
technique mixte
96 x 77,5 cms
« Village de Sinh à Hué »,
crayon sur calque,
76 X 97,7 cms
Réalisé en 2009, « Le temple Hòn Chén » évoque l’un des sites sacrés les plus marquants de Hué.
L’artiste ne nous le décrit pas uniquement en termes architecturaux mais le fait émerger d’un champ ocre et vert mousse. Ses terrasses se déploient en une ascension mesurée, guidant le regard le long d’un chemin paisible, quasi rituel. L’utilisation de la gouache sur soie conserve la clarté de la pensée graphique : les contours restent fermes, tandis que la couleur est contenue dans des plans maîtrisés. L’image semble suspendue entre présence et souvenir. Il s’agit moins d’une vue que d’une impression distillée, façonnée par le temps.
Le crayon sur calque, « Village de Sinh à Hué » exécuté en 2008, réunit un champ dense de motifs-figures de cérémonie, scènes de travail, fragments architecturaux et cycle zodiacal – dans un espace aplati et simultané.
Ce principe de coexistence, central dans les œuvres de l’artiste consacrées à Hué, reflète un mode de perception où les strates temporelles et culturelles ne sont pas séparées mais maintenues en équilibre.
Les deux œuvres articulent un mouvement d’accumulation à condensation.

Le dessin rassemble un vocabulaire culturel ; la peinture le perfectionne en une forme composée et contemplative : Hué, que l’artiste pourtant originaire du Nord (Bac Ninh) adore n’est pas un lieu figé, mais une mémoire structurée, entretenue par le savoir-faire, la réflexion et la persistance du regard de l’artiste.
Jean-François Hubert