L’exposition controversée du musée Cernuschi en 2012, ou le début d’une campagne de plus de dix ans visant à attaquer et à abattre la réputation d’un individu

30 juin 2026 Non Par Jean-François Hubert

La vocation de ce blog depuis sa création, il y a plus de 7 ans, est de présenter l’art vietnamien (essentiellement la peinture moderne vietnamienne).

Deux principes le régissent depuis l’origine: partir de l’oeuvre, abordée physiquement, dans un face à face direct.

La commenter en l’insérant dans son environnement politique, social, économique et culturel.

Les 4 derniers termes témoignent de l’ambition du projet et des embûches de tous ordres qu’il m’a fallu surmonter. J’ai moi-même évoqué ici et ici mon long combat contre des Savonarole, certes de pacotille, mais extrêmement actifs, bénéficiant de complicités multiples en France et au Vietnam, actives ou passives, remugles des démocraties  « occidentale » ou « populaire » dévoyées.

J’ai toujours pensé que la rebéllion viendrait du Vietnam lui-même. D’un Vietnam fier de sa culture, qui sait qu’on ne naît pas noble mais qu’on le devient.

En témoigne ici le phénoménal succès (300 000 vues) d’une série d’articles écrits directement en vietnamien sur Facebook, le quasi-monopolistique réseau social au Vietnam par Trần Hoàn Ca et relayé par Daniella Higher.

Voici ici la traduction française et les photos jointes à la publication. Je publierai les deux autres articles déjà diffusés et ceux qui, je n’en doute pas, suivront.

L’histoire de l’art s’écrit en direct pour l’art vietnamien. 

Et l’art de l’histoire est une vertu humaine.

Jean-François Hubert

Encore en 1995, l’art vietnamien n’était considéré que comme une catégorie mineure au sein de l’art asiatique dans les ventes aux enchères. Si les bronzes, les céramiques ou l’art cham pouvaient parfois attirer l’attention, les peintures des artistes vietnamiens issus de l’École des beaux-arts de l’Indochine, dont la valeur était alors presque entièrement méconnue, restaient dispersées sur les murs, dans les réserves, voire posées à même le sol, dans les maisons de collectionneurs français. Elles provenaient soit de l’Exposition coloniale de 1931, de l’Exposition universelle de 1937 — toutes deux organisées à Paris — soit de retours d’anciens « coloniaux » entre 1946 et 1954, lesquels constituaient pratiquement les seuls collectionneurs de ces œuvres.

Titulaire de trois diplômes — Sciences Po Paris, un master d’histoire de l’art à la Sorbonne avec une spécialisation en Chine, ainsi qu’un master de droit à Paris-Assas — Jean-François Hubert a commencé sa carrière à Drouot, alors la plus importante maison de ventes de France et la troisième au monde, en organisant une vente d’art asiatique en 1991, à l’âge de trente-quatre ans (fig. 2). Lorsqu’il découvrit le potentiel de l’art indochinois à travers l’exposition Le Vietnam des Royaumes en 1995 (fig. 3), puis L’âme du Vietnam en 1996 (fig. 4), et qu’il ouvrit officiellement la voie à ce terrain fertile avec le tableau La Femme du Mandarin (1930) (fig. 5), il était déjà un professionnel chevronné.

Cela ouvrit une nouvelle perspective, pleine de promesses, pour l’art indochinois. Mais, comme l’écrivait A. Gramsci dans ses Cahiers de prison en 1930 : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Parallèlement à cette dynamique positive, des individus aux intentions moins avouables y virent l’occasion de s’inviter eux-mêmes sur la scène afin d’en tirer profit, de s’approprier ce domaine ou d’en exercer le contrôle. Et l’étincelle initiale fut l’exposition scandaleuse organisée au musée Cernuschi à Paris en 2012 — l’exposition mentionnée dans l’article reproduit ici, qui a été traduit en vietnamien afin que les lecteurs au Vietnam puissent également en comprendre le contenu (fig. 1).

Le faux tableau portant le nom de Victor Tardieu avait profondément inquiété sa petite-fille, Mme Alix Tardieu. Celle-ci contacta alors le plus éminent spécialiste de l’art indochinois de l’époque, Jean-François Hubert, afin de confirmer leur appréciation commune selon laquelle il s’agissait d’un faux Victor Tardieu. L’article susmentionné eut des conséquences désastreuses pour le musée Cernuschi : sa directrice, Mme Shimizu, dut prendre sa retraite après avoir autorisé une exposition dont près de 80 % des œuvres appartenaient à l’un des deux « commissaires » ; et l’affaire constitua également une humiliation considérable pour les deux personnes qui se trouvaient derrière cette exposition : Loan Sicre de Fontbrune — épouse du marchand d’art français Yves de Fontbrune, décédé au Vietnam en 2015 dans des circonstances mystérieuses — et Ngô Kim Khôi, bien que son nom ne fût pas cité dans l’article.

Ces deux personnes décidèrent que l’analyse contenue dans l’article constituait une attaque personnelle contre elles. Ce fut le début d’une campagne de représailles et de harcèlement dirigée contre JfH, une campagne qui ne s’est jamais arrêtée et se poursuit encore aujourd’hui. Les lecteurs vietnamiens attentifs remarqueront que ce n’est que lorsque des peintures indochinoises sont mises en vente chez Christie’s et que le nom de Jean-François Hubert est impliqué qu’ils dénoncent ces œuvres ; en revanche, lorsque les mêmes artistes apparaissent chez Sotheby’s, grand rival de Christie’s, ils restent silencieux. La question de l’authenticité ou de la fausseté des peintures indochinoises n’est donc qu’un prétexte. Le véritable moteur est ici une rancune ou un conflit personnel.

Jean-François se souvient encore des années où Ngô Kim Khôi commença à fréquenter ses premières ventes, vers le milieu des années 1990. Ngô Kim Khôi et Jean-François ont presque le même âge, mais leurs parcours et leur niveau d’instruction les séparent par un abîme. Ngô Kim Khôi, bien qu’il soit le petit-fils du célèbre peintre Nam Sơn, n’a jamais apporté de contribution notable à l’art vietnamien, ni montré la moindre capacité à suivre le chemin créatif de son grand-père ou à marcher, même de loin, dans ses pas. Ayant échoué dans tout ce qu’il entreprenait depuis son enfance, ses efforts pour être accepté dans les milieux français semblent avoir rencontré encore davantage d’obstacles.

À l’époque, pourtant, les familles Tardieu, Lê Phổ et Vũ Cao Đàm l’accueillaient encore à bras ouverts, après tout parce qu’il était le petit-fils de Nam Sơn, et « le petit chose », comme le disait l’écrivain Jean Tardieu, fils de Victor. Jusqu’à présent, ce dont Khôi peut peut-être le plus se vanter est d’avoir réussi à salir le nom de ses adversaires pour polir le sien, à exploiter le nom de son grand-père à des fins personnelles, à coudre lui-même des gilets grossiers à motifs inspirés de Klimt, et à créer une illusion mensongère en s’insérant sans gêne dans une photographie de groupe de l’équipe de Christie’s, affichant un sourire à la fois artificiel et sournois, alors que personne ne savait qui il était (fig. 6).

Ngô Kim Khôi : un homme qui n’a jamais été accepté par le milieu qui l’entoure, un individu qui n’a jamais été pris au sérieux par les gens du métier — un monde dans lequel il tente d’entrer depuis des années, sans jamais y parvenir. Un Viet kieu perdu entre deux mondes, non accepté en France, il est retourné au Vietnam afin d’exploiter des personnes qui ne le soupçonnaient nullement, afin de survivre et de se maintenir, même si cela signifiait détruire l’honneur de personnes honnêtes, traîner leur nom dans la boue, par jalousie, par incapacité à accepter sa propre image dans le miroir et par intérêt personnel. Le regretté peintre Nam Sơn, ainsi que la mère de Khôi, doivent peut-être regarder tout cela d’en haut en fermant les yeux et en secouant la tête.

Depuis que JfH a fait échouer la tentative de Loan Sicre de Fontbrune de blanchir les œuvres que son mari commercialisait en utilisant abusivement le label « musée », celle-ci aurait, nuit et jour, dirigé silencieusement Ngô Kim Khôi, Alain Trương et Philippe Trương (fig. 7) depuis l’ombre, tirant les ficelles et exploitant le patriotisme ainsi que le désir de préservation culturelle des Vietnamiens au Vietnam. Elle les aurait poussés à réagir avec amertume, parfois jusqu’à l’inculture, contre l’érudit aux cheveux gris JfH, dans le but de le contraindre à s’arrêter. Mais ils ont échoué. La seule explication serait la jalousie immense et indescriptible de ce groupe.

Le 15 février 2026, lorsque Mme Alix Tardieu, désormais âgée de quatre-vingt-dix ans, dut elle-même intervenir sur Facebook pour s’exprimer au sujet de Ngô Kim Khôi, ces éléments ont conduit l’auteur de cet article à penser que, connaissant la vérité, choisir de ne pas prendre la parole serait impossible à accepter. Plus encore, l’auteur estime que l’art vietnamien et les jeunes générations qui lui succéderont, qu’elles soient au Vietnam ou en France, méritent de connaître ces vérités.

À suivre… Nous invitons les lecteurs à découvrir le chapitre II : « Une condamnation organisée ». L’auteur ne sait pas encore combien de chapitres comportera cette série, mais il demande aux lecteurs de retenir une chose : tous les noms, toutes les personnes et tous les événements relatés dans cette série sont réels. Nous vous invitons à poursuivre votre lecture.